Avec un marché estimé à « 70 milliards d’euros et un potentiel d’investissements de l’ordre de 440 milliards d’euros à réaliser d’ici 2020 » (Pollutec Horizons), le développement durable constitue un des enjeux majeurs du XXIème siècle. Les PME qui arriveront à en faire un levier pour l’innovation seront les gagnantes de la nouvelle économie de la croissance. Mais pour ceci, elles ne doivent pas réduire le développement durable à sa seule dimension environnementale. Car si on peut mettre en doute (et à raison d’ailleurs !) la qualité du caractère durable des trajectoires technico-économiques actuelles, les liens entre le volet environnemental, le volet économique et le volet social seront indissociables dans le développement durable de demain. Les germes de cette tendance sont visibles : montée en puissance des réglementations avec le Grenelle de l’environnement, prise en compte de la qualité et de l’impact des technologies environnementales, demande de transparence et d’équité sociale... A l'heure actuelle, la pression médiatique sur ces sujets est plus forte pour les grandes entreprises, obligées d’adopter une démarche de responsabilité sociale des entreprises (RSE). Cette démarche consiste à rechercher une performance pas uniquement financière, mais aussi sociale et environnementale, et doit se traduire par des pratiques fondées sur des valeurs éthiques de respect des trois composantes du développement durable. Dès lors, pour que le développement durable soit une opportunité pour les PME, celles-ci doivent pouvoir anticiper les dynamiques futures des trois volets, facteurs clés de la compétitivité de demain. Il leur faut anticiper les évolutions de leur contexte sociétal et concurrentiel, comprendre les dynamiques et facteurs clés du développement économique de leur territoire, identifier les enjeux majeurs liés au développement durable dans leur secteur. Bref, le développement durable nécessite une vision large et à long terme. Et la stratégie de l’innovation est en mutation. La Commission européenne envisage de réexaminer sa stratégie de R&D et de « proposer aux États membres, avant le printemps 2010, un nouveau texte de loi européen sur l’innovation, qui comprendra toutes les conditions en faveur du développement durable ». Et l’État français veut engager, avant la fin de l'année, des travaux de réflexion sur une « nouvelle politique industrielle » pour la France. Pour les PME, un des outils pour se préparer aux futurs possibles consiste à intégrer une démarche d’intelligence économique dans la stratégie de croissance.
jeudi 6 janvier 2011
Développement durable, opportunité ou menace pour les PME ?
Par Jean Garnier le jeudi 6 janvier 2011, 15:13
vendredi 22 octobre 2010
Vers une meilleure valorisation de la recherche publique
Par Jean Garnier le vendredi 22 octobre 2010, 15:08 - Région et innovation
Un constat est aujourd'hui réalisé à l'intérieur comme en dehors de l'hexagone : la recherche publique française est excellente, mais elle est encore très peu diffusée de manière directe dans le tissu des entreprises françaises. En effet, la collaboration public/privé française est loin d'être aussi importante que chez les modèles du genre, Etats-Unis, Royaume-Uni ou Allemagne.
La France reste en retard dans la valorisation de sa recherche publique, alors que celle-ci est pourtant l'une des plus pointues du monde. Cette situation repose sur un socle de raisons propres à l'héritage culturel, économique, politique et sociologique français (clivage public/privé fort, statut des universités et des grandes écoles, statut du fonctionnaire, réticence à l'embauche des docteurs, etc.).
Les gouvernements successifs de ces dix dernières années, soucieux d'armer au mieux les entreprises françaises - donc le pays - en termes de compétitivité, ont multiplié les réformes destinées à améliorer la pénétration de la recherche publique dans le secteur privé (Réforme du Crédit Impôt Recherche, réforme du statut du jeune Docteur, réforme de la typologie des projets ANR, Pôles de compétitivité, etc.). Ces démarches ont été souvent relayées par des initiatives locales des collectivités territoriales. Si des résultats significatifs ont pu être constatés concernant la collaboration entre le secteur privé et la recherche publique, la participation de laboratoires nationaux ou universitaires à la compétitivité nationale reste encore insuffisante.
En effet, si les grands groupes et d'un ensemble croissant de PME font de plus en plus appel à des laboratoires publics dans les domaines des sciences de l'ingénieur, de l'informatique, de l'optique, de la chimie, etc. ; les collaborations recherche publique / secteur privé n'ont que très exceptionnellement lieu dans les sciences humaines et sociales. Ce constat ne s'arrête pas aux frontières françaises et très peu d'entreprises de par le monde utilisent les ressources de recherches traitant de domaines directement liés à l'activité humaine. Economie, démographie, géographie, sociologie, science politique, etc ; ce sont là autant de domaines dont l'étude pourrait profiter au secteur privé. En effet, si les entreprises ont accès via leur ressources et leurs partenaires à de l'information vulgarisée sur l'ensemble de ces domaines, elles ne disposent cependant du corpus de données et des analyses pointues que seraient susceptibles de leur fournir les laboratoires de sciences humaines et sociales.
Dans le cadre de ce que l'on appelle aujourd'hui "l'économie de la connaissance", il s'agit là pourtant de partenariats à très haute valeur ajoutée, dans la mesure où les informations stratégiques de première main peuvent changer assez profondément les contours d'un projet commercial, d'une politique de communication ou des velléités d'implantations, et donner à celui qui les détient un avantage décisif. Il s'agit d'une démarche d'autant plus pertinente lorsque l'acteur privé souhaite se pencher sur des thématiques et des problématiques dont le théâtre géographique est éloigné de sa zone d'activité habituelle.
Glaizer Group est un laboratoire de recherche privée, dont l'un des principaux objectifs est de rapprocher la recherche en sciences dites "exactes" des entreprises françaises, en prenant en charge leurs projets d'innovation. Fort d'une longue expérience dans ce domaine, Glaizer Group a constaté à de nombreuses reprises le dénuement de structures, parfois de grande taille, face à des problématiques touchant les sciences sociales.
C'est dans cette optique que Glaizer Group a signé une convention cadre avec L'Institut des Amériques en décembre 2009.
Cette institution regroupe 1000 chercheurs dans de multiples disciplines des sciences sociales qui sont spécialisés sur la zone des Amériques, de l'Alaska à la terre de feu. L'idée sous-jacente du partenariat entre Glaizer Group et L'Institut des Amériques est de mettre à la disposition des acteurs du secteur privé des ressources de recherche très pointues, de la même manière que Glaizer Group l'effectue aujourd'hui pour les sciences dites exactes. L'Institut des Amériques n'a pas, a priori, l'expérience de l'établissement et du maintien de relations commerciales, ou de l'organisation de l'interfaçage entre une structure privée et un ensemble de chercheurs dont la totalité de la carrière a souvent été effectuée dans le cadre universitaire. Ce n'est pas pour autant que la recherche effectuée par les académiques du réseau ne doive pas être valorisée auprès d'un secteur privé qui en a réellement besoin. Il s'agit de mettre en oeuvre une approche gagnant-gagnant en permettant à des entreprises de bénéficier de prestations de recherche à très haute valeur ajoutée et à une institution de faire rayonner son travail académique, tout en percevant une rémunération indispensable à son développement.
Dans le cas présent, Glaizer Group fait office de structure support, mais aussi de conseil. Support puisque L'Institut des Amériques (comme beaucoup de laboratoires publics, de fondations ou de groupements d'intérêt scientifique) ne disposent pas encore en interne des ressources et des outils nécessaires à son interaction avec les entreprises. Conseil, puisque le travail des chercheurs du réseau de L'Institut des Amériques doit être formaté de manière à ce que celui-ci soit utilisable par des acteurs du secteur privé.
Cette convention cadre a été inaugurée dans le cadre d'une première mission. L'Institut des Amériques (IdA), en partenariat avec le Groupe de Recherche et d'Echanges Technologiques (GRET) et Glaizer Group, a répondu à un appel d'offre émis par l'Agence Française de Développement (AFD) portant sur une étude sur les dynamiques économiques et sociales et les enjeux des politiques publiques en Amérique latine.
Le groupement a réussi à réunir un nombre important de spécialistes de la zone pour mener à bien cette étude et a remporté cet appel d'offre au mois d'avril 2010. La version finale de l'étude d'environ 400 pages a été livrée à l'AFD le 30 juillet 2010. Cette étude a pour vocation d'être le principal support de réflexion du département Amériques latine & Caraïbes de l'AFD dans la détermination de sa stratégie d'approche par rapport aux pays de la zone. La remise de cette étude a donné lieu à un séminaire de présentation au sein de l'AFD en présence de personnels de l'OCDE et du Ministère des Affaires Etrangères les 30 septembre et 1er octobre 2010.
L'action conjointe de L'Institut des Amériques et de Glaizer Group constitue un exemple significatif de synergie recherche publique / acteur répondant à une logique privée (l'AFD est un EPIC). De plus, cette action commune n'a pas répondu à un effet d'aubaine ou à une nouvelle création gouvernementale, mais bien à un réel besoin d'expertise dans le domaine des sciences humaines et sociales. Nous demeurons persuader que les acteurs privés ont besoin de contenu informationnel stratégique pointu autant qu'elles ont besoin de compétences et de savoir-faire techniques pour assurer leur viabilité et leur développement économique. Nous sommes convaincus que ce type de partenariats démontrera toute sa pertinence dans les années à venir.
François PINEAU
lundi 19 avril 2010
De la nécessité de l’ouverture à l’interculturalité en matière d’innovation
Par Jean Garnier le lundi 19 avril 2010, 15:09 - Dans le vif du sujet
L’innovation, aujourd’hui au centre du discours politico-économique sur la compétitivité des entreprises, n’est pas une notion facile à appréhender.
Les tenants des théories de l’innovation s’essayent donc à des distinctions pour en définir au mieux les contours et permettre à ceux qui sont censés la mettre en œuvre – les entreprises – d’en percer les mystères.
Ainsi, on distinguera, par exemple, les innovations de rupture des innovations incrémentales, et l’on déroulera autour de ces deux concepts des séries de définitions, de protocoles et de savants modèles visant à mesurer les bénéfices potentiels de leur mise en œuvre par rapport à la prise de risque qu’implique chaque voie.
Intéressons-nous à la distinction que l’on réalise entre l’innovation technico-scientifique et l’innovation de marché.
Le premier cas est celui auquel on pense immédiatement lorsque le sujet de l’innovation est évoqué. On s’imagine alors une équipe de chercheurs, d’ingénieurs ou même un technicien, qui raisonnent sur une problématique donnée et qui, grâce à une nouvelle approche, inventent une manière plus pertinente de répondre à cette problématique. Que l’on soit très éloigné ou très proche du domaine applicatif, on peut identifier plusieurs scenarii de résolution qui aboutissent à un progrès technique, pierre angulaire d’une innovation :
- celui fruit d’avancées diverses sur des composantes distinctes de la problématique traitée ;
- celui résultant d’une combinaison innovante de réponses techniques déjà existantes (interfaçage innovant) ;
- celui dû au rapprochement de la problématique traitée avec des problématiques distinctes existantes et résolues ainsi qu’au raisonnement par analogie.
Le progrès technique ainsi obtenu doit répondre plus efficacement que l’existant au besoin d’un consommateur final ou bien générer un nouveau besoin de nature à entrainer la création d’un nouveau marché ou segment de marché. Si c’est le cas, on peut alors dire qu’il y a innovation.
Le cas de l’innovation de marché est lui plus compliqué à caractériser. Il s’agit de proposer à l’acceptation du marché quelque chose de nouveau sans que cela n’ait été motivé par une avancée technologique, mais au contraire en s’appuyant sur quelque chose qui existe déjà auquel on applique une nouvelle approche.
Ce type d’innovations relève, à première vue, plus du résultat d’une vision que de la mise en place d’un ensemble de conditions propices à son émergence.
Pourtant, à bien y regarder, les innovations de marché sont le résultat de mécanismes comparables à ceux qui sont à l’œuvre dans le domaine technico-scientifique évoqué plus haut :
- fruit d’avancées ou de la maîtrise poussée des composantes d’un marché (offre, demande, modèles économiques, acteurs présents, etc.) ;
- combinaison innovante de réponses marché existantes pour en constituer une nouvelle ;
- rapprochement d’une problématique marché non ou mal adressée au moyen de solutions fonctionnant sur d’autres marchés et au raisonnement par analogie.
Au même titre que des politiques publiques et des initiatives privées ont été initiées pour stimuler les rapprochements techniques et scientifiques entre les acteurs publics et privés de la R&D, il faut désormais réfléchir aux différentes manières d’encourager les innovations de marché, toutes aussi créatrice de compétitivité et donc de PIB et d’emplois.
Si l’on pousse plus en avant l’analogie entre l’innovation basée sur le progrès technique et l’innovation de marché, on peut dégager une piste intéressante de manière à stimuler cette dernière : l’interculturalité. L’interculturalité est un concept très riche qui recouvre une pluralité de situations. S’il qualifie parfaitement l’expérience qui consiste à mélanger des docteurs du public à des ingénieurs du privé, il pourrait également s’appliquer à l’innovation de marché. En effet, il serait souhaitable de faire tomber les barrières qui cloisonnent encore trop souvent les marchés et les acteurs qui y évoluent.
Mais, outre la coopération inter-domaine, ce concept d’interculturalité recouvre une autre dimension : la coopération internationale. Véritable casse-tête des managers dans les années 80-90 suite au mouvement d’internationalisation massifs des firmes, la collaboration de ressources humaines travaillant dans le même domaine mais de cultures radicalement différentes a souvent produit des résultats surprenants d’inventivité et de qualité.
Ramenée aux problématiques marché et à la manière de les adresser, cet aspect de l’interculturalité constitue un axe de créativité à exploiter. Ainsi, si chaque marché national possède ces caractéristiques économiques et juridiques propres, des solutions privilégies dans certaines situations et lieux géographiques, peuvent recéler tout ou partie d’une solution dans un autre pays. Cette approche interculturelle des problématiques marché est d’autant plus pertinente qu’elle s’appuie sur des ressources travaillant dans des pays avec des niveaux de développement différents. De quoi offrir un spectre de collaboration très large et des innovations en nombre.
François PINEAU
lundi 25 mai 2009
L'innovation et l'Europe...
Par Jean Garnier le lundi 25 mai 2009, 17:48 - Recherche et Innovation
Il vient de se tenir la 5ème édition du SERI (Salon Européen de la Recherche et de l’Innovation) sur fond d’élection européenne et de crise économique.
Cet événement nous permet de faire un rapide tour d’horizon de la politique européenne en matière de R&D et d’innovation. En mars 2000, le Conseil européen a lancé la stratégie de « Lisbonne » qui devait faire de l’U.E, l’économie la plus compétitive au monde et projetait une situation de plein emploi avant 2010. Cette stratégie reposait sur 3 piliers fondamentaux : social, environnemental et économique. C’est ce dernier volet qui nous intéresse, il devait « préparer la transition vers une économie compétitive, dynamique et fondée sur la connaissance »
Celle-ci insistait sur « la nécessité de s'adapter continuellement aux évolutions de la société de l'information et sur les efforts à consentir en matière de recherche et de développement ».
En 2008, Janez Potocnik (commissaire à la recherche) a présenté son rapport sur les progrès de l’UE dans le domaine de la R&D et de l’innovation. Les résultats montrent que les objectifs fixés par l’UE en terme de chiffre n’ont pas été atteints. Les dépenses de R&D de l’UE entre 2000 et 2006 sont de 1,84% du PIB alors que l’objectif était de 3%, (les Etats-Unis sont à 2,6%). Ce constat peut s’expliquer par la disparité des efforts de R&D entre les pays membres.
En France, en 2006, les dépenses de R&D se sont élevées à 2,09% du PIB, ce qui traduit des faiblesses dans l’impulsion de la stratégie de Lisbonne dans le contexte national. Une des autres priorités fixées par Lisbonne est de faire financer les dépenses de R&D par le secteur privé à hauteur de 2/3 : là encore la France est à la traîne car en 2006 seulement 54,9% des dépenses R&D ont été financées par le secteur privé.
Ces chiffres traduisent aussi une limite de la part des pôles de compétitivité dans leur rôle de faire financer la R&D par des entreprises privés ; comme l’a fait remarquer un récent rapport de 2008 sur l’état des lieux des pôles de compétitivité en France.
L’Europe doit encore se mobiliser sur ces sujets. Elle dispose de multiples talents pour y parvenir et de ressources financières importantes (à travers le 7ème PCRD). On note ainsi que le nombre de chercheurs, depuis 2000, a été deux fois plus élevé en Europe qu’aux Etats-Unis et au Japon (même si en proportion de la population active il reste plus bas). Encore faudrait-il que ses ressources ne soient pas captées par les pays concurrents. Coté financement, le 7ème PCRD dispose d’un budget de 50,521Mds € alloué à divers programmes de recherche. Un effort est à faire sur le développement de l’innovation dans les PMES, qui représentent l’essentiel de notre tissu économique. Il faut les inciter à développer des projets R&D et mieux utiliser les financements qui leur sont dédiés ; notamment lorsque celles-ci se retrouvent au sein de consortium dont la structure mène à l’inertie et au leadership des gros industriels au détriment de ces PMES.
L’effort de R&D en Europe doit continuer à progresser, d’autant plus en contexte de crise, car l’innovation est source de croissance. Il faut désormais approcher le concept d’innovation d’un point de vue global et intégrer toutes les facettes que celui-ci revêt (financement, recherche appliqué, transfert technologique...).
Mathieu Munck - 08 juin 2009